Livret A : après quatre mois de décollecte, un été sous tension

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Les Français ont retiré 1,28 milliard d'euros de plus qu'ils n'en ont déposé sur leur Livret A en avril 2026, selon les données publiées par la Caisse des Dépôts. C'est le pire mois d'avril enregistré depuis le début de la série statistique, en 2009, et le quatrième mois consécutif de décollecte. Le mouvement touche aussi le LDDS et le LEP. Mais la donne pourrait changer cet été.
 

Une hémorragie inédite depuis la crise financière
Les chiffres d'avril 2026 marquent une rupture nette avec les habitudes saisonnières de l'épargne réglementée. En temps normal, le début d'année constitue une période favorable à la collecte : les ménages reconstituent leur épargne de précaution après les dépenses de fin d'année. Cette fois, le mouvement est inverse. Depuis janvier, les Français ont retiré au total 4,38 milliards d'euros de leur Livret A, un niveau de décollecte cumulée jamais observé depuis 18 ans. L'encours reste certes imposant, à 445,2 milliards d'euros, mais la dynamique est clairement orientée à la baisse.
 

Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) suit la même trajectoire, avec une décollecte de 250 millions d'euros en avril, portant son encours à 165 milliards. Le Livret d'épargne populaire (LEP), pourtant mieux rémunéré à 2,5 %, n'échappe pas au phénomène : les retraits y ont excédé les dépôts de 320 millions d'euros. En avril, depuis 2009, le Livret A n'avait connu que trois épisodes de décollecte : en 2015 (170 millions), en 2025 (200 millions) et donc en 2026, avec un montant six fois supérieur à celui de l'an dernier. La collecte moyenne d'un mois d'avril sur les dix dernières années s'élevait à 1,8 milliard d'euros.
 

La cause principale de cette désaffection tient à la division par deux du taux de rémunération en à peine un an, passé de 3 % à 1,5 % au 1er février 2026. Face à un rendement devenu peu attractif, une partie des épargnants a arbitré en faveur de l'assurance-vie, dont les fonds en euros ont servi en moyenne 2,65 % nets de frais de gestion en 2025, voire davantage sur les meilleurs contrats. Les livrets bancaires à taux promotionnel, proposés entre 3 % et 4,5 % brut sur les premiers mois par certaines banques en ligne, captent également une partie des flux.
 

Un rebond possible dès le 1er août, mais sous conditions
L'horizon pourrait s'éclaircir pour les détenteurs de Livret A à la faveur d'une probable revalorisation du taux au 1er août 2026. La formule de calcul, qui repose sur la moyenne entre le taux d'inflation semestriel hors tabac et le taux interbancaire €STR, pointe aujourd'hui vers une hausse. L'INSEE a mesuré une inflation de 2,2 % en avril sur un an, tirée par la flambée des prix de l'énergie dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient. 

Les projections des économistes convergent vers un taux situé entre 1,6 % et 1,8 %, l'hypothèse de 2 % restant envisageable dans le scénario d'une inflation qui continuerait d'accélérer au printemps.
 

La décision sera prise mi-juillet par le ministre de l'Économie Roland Lescure, sur recommandation du futur gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, dont la nomination a reçu le feu vert du Parlement. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Épargne, estime toutefois que « le gouvernement pourrait choisir de ne pas relever le taux du Livret A, considérant que la hausse des prix ne serait que temporaire ». La question est aussi politique : les sommes collectées sur les Livret A et LDDS financent le logement social et la politique de la ville. La diversification récente de leur emploi, notamment vers le financement de six nouveaux réacteurs nucléaires, suscite la contestation de plusieurs organisations, parmi lesquelles le DAL, Greenpeace France et les Écologistes, qui estiment que cette réorientation se fera « inévitablement au détriment du financement des logements sociaux ».
 

Pour les épargnants, la question se pose en termes de stratégie patrimoniale. Le Livret A conserve deux atouts majeurs que ses concurrents n'offrent pas : une liquidité totale (les fonds sont disponibles à tout instant sans pénalité) et une exonération fiscale complète (ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux). Mais ces avantages ne suffisent plus quand le rendement est inférieur à l'inflation, ce qui revient à perdre du pouvoir d'achat chaque mois. Le réflexe de bon sens consiste à ne conserver sur le Livret A que l'épargne de précaution strictement nécessaire (trois à six mois de dépenses courantes) et à orienter le surplus vers des supports mieux rémunérés, en fonction de son horizon de placement et de son appétence au risque.